Le Calvaire

Abraham Janssens
Anvers, 1576 – Id., 1632

Huile sur toile
H. 3,733 ; L. 2,627
Saisie révolutionnaire
(église des Dominicains, Valenciennes)
Inv. P. 46.1.13

La représentation du Calvaire constitue l’un des thèmes majeurs de la grande peinture religieuse. Janssens l’a plusieurs fois traité mais rarement avec une volonté de puissance si marquée. Cette grande toile provient du maître-autel de l’église des Dominicains de  Valenciennes ; elle fut sans doute commandée vers les années 1620 à Janssens, qui a été un temps, à Anvers, le rival de Rubens. Devant cette grande composition ambitieuse, la comparaison avec le maître du baroque flamand devient inévitable. Mais comme le résultat est différent !

Au mouvement et à la fougue de Rubens s’oppose ici un parti de symétrie qui juxtapose
des figures aux gestes arrêtés, comme figées dans la douleur. Les corps des trois crucifiés frappent par leur caractère sculptural avec leurs silhouettes puissamment modelées qui se découpent de façon théâtrale sur un ciel dramatique.

Le style de l’oeuvre emprunte les voies hésitantes de l’éclectisme : la pose contorsionnée du larron de droite trahit les liens du peintre avec le maniérisme, la violence de l’éclairage relève du caravagisme tandis que les figures des Saintes Femmes et de saint Jean affichent une réserve plutôt archaïque.

Les souvenirs italiens de Janssens et leur confrontation avec l’émergence du baroque à Anvers expliquent sans doute cet art de compromis. Il est clair que nous sommes ici à l’opposé de Rubens et qu’avec cette oeuvre glacée et mesurée le peintre s’engage sur une voie très personnelle.