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Les jeunes piaillent comme chantent les vieux

Les jeunes piaillent comme chantent les vieux

Jacob Jordaens
Anvers, 1593 – Id., 1678

Huile sur toile
H. 1,55 ; L. 2,09
Dépôt du musée du Louvre, 1957
Inv. P.Y. 36

Cette joyeuse compagnie qui chante et boit autour d’une table bien garnie nous renvoie l’image truculente d’une famille de bons bourgeois d’Anvers. Mais c’est aussi l’illustration d’un proverbe, « Comme les vieux ont chanté, ainsi les jeunes jouent de la flûte », que  Jordaens a mentionné dans un cartouche, sous la forme ennoblie du latin. Ce proverbe invite les adultes à se contrôler car les jeunes imitent les rands et copient naturellement leurs mauvaises habitudes. Ainsi, ce tableau devient une véritable métaphore de  l’éducation. La présence de l’oiseau enfermé dans sa cage ne symbolise-t-elle pas la  jeunesse éprise de liberté, de même que le hibou renvoie à la mort et à la succession des générations ?

Cette illustration de proverbe, véritable tradition flamande, remonte notamment à Pieter Bruegel. Jordaens traitera d’ailleurs ce thème plusieurs fois. La version du musée d’Anvers, datée de 1638, passe pour en être le prototype. Assez semblable, la toile de Valenciennes ne la suit que d’un an ou deux. D’autres tableaux avec quelques variantes sont conservés à Berlin, à Ottawa et dans des collections privées.

Cette composition véritablement emblématique de l’art de vivre flamand l’est aussi de la verve réaliste et narrative de Jordaens. Le peintre ne se contente pas de grouper trois générations autour d’une table, il caractérise chaque personnage de façon inoubliable : le grand-père qui bat la mesure avec le couvercle, le père en joueur de cornemuse, ou encore la jeune mère avec sa progéniture. Ce chef-d’oeuvre de la maturité du peintre s’impose avec la force d’une allégorie et résume à lui seul tout un courant de la peinture flamande.